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[Briançon] Territoires et savoirs partagés

A cause de l’arrivée importante de personnes migrantes en 2015, le briançonnais a vu se développer nombre d’associations, de lieux, de refuges pour essayer d’organiser un accueil digne. Les acteurs de la solidarité, les procès retentissants, les maraudes à la frontière, la venue des « identitaires », firent entrer ce territoire de tourisme et de vacances, dans une militarisation accrue des contrôles à la frontière. Une lutte bruyante ou silencieuse se déroule, sans fin, entre la Paf qui veut refouler, et les solidaires qui surtout ne veulent pas de morts en montagne comme malheureusement cela s’est déjà produit. L’État français a ainsi déclaré être en lutte contre une grande partie du monde, les migrant.es, venant d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient, d’Amérique du Sud et contre sa propre population, les accueillant.es qui appliquent les textes internationaux, à commencer par la déclaration des Droits de l’homme de 1948 en son article 13. Au fond, l’État se fait la guerre à lui-même, signe manifeste qu’il ne peut pas la gagner ! Car les migrant.es continuent à passer la frontière, sans fin, comme ils l’ont toujours fait.

Les médias ne sont pas en reste, journaux nationaux, télévisions françaises et internationale, le briançonnais est devenu un territoire décrit, visionné, épié, commenté. Les autochtones ont été promu.es au rang de stars évanescentes des journaux télévisés. Et les migrant.es continuent à passer la frontière, loin des projecteurs,…

Aussi devant un phénomène d’une telle ampleur qui touche non seulement le briançonnais mais les Alpes-Maritimes et la frontière espagnole, Calais et la Savoie. Des laboratoires de recherche ont décidé de venir voir, enquêter, comprendre, aider avec des programmes de recherche-action, tout cela pendant que les migrant.es continuent à passer la frontière…

Au fil du temps, les acteurs et actrices de terrain, fin.es stratèges, pensèrent que pour leurs plaidoyers  de défense et d’illustration de la fraternité, les universitaires étaient des allié.es. Prendre du recul, penser son action au travers de leurs regards informés, documenter les violences de la police, la militarisation de la montagne, cela évoque un passage du discours de Périclès aux athéniens: « nous ne sommes pas de ceux qui pensent que les paroles nuisent à l’action. Nous estimons plutôt qu’il est dangereux de passer aux actes, avant que la discussion nous ait éclairé sur ce qu’il y a à faire. » Cette leçon les briançonnais.es la font leur, ils se découvrent « athénien.nes », et là est la raison profonde, vitale de ces rencontres entre chercheurs, chercheuses et les accueillant.es. Les doutes qu’expriment régulièrement les un.es et les autres, sur la nécessité et les bienfaits des actions ou des recherches, cette rencontre, où l’on se voit dans le regard d’autrui et des migrant.es participant.es, les balaie. Ces rencontres sont cathartiques et cela est bien car pendant ce temps les migrant.es continuent à passer la frontière,…

Trois jours d’échange, de mise en perspective, de présentation des actions et des territoires qui s’étendent jusqu’à Gap où de nombreux MNA (Mineurs Non Accompagnés) sont présents, furent trop courts pour tout se dire, pour se comprendre, s’entendre et envisager l’avenir. Trois jours de vidéo, de discussions, de débats, tout cela est insuffisant, il est convenu de reconduire cette expérience. En écoutant les un.es les autres, je pensais, « supposons qu’une personne extérieure, ne sachant pas qui est acteur ou chercheurs, soit ici, pourrait-elle deviner en entendant les différentes interventions dans quel groupe se situe l’intervenant.e ? » Au fil de ces 6 années d’échanges et de travail, la compréhension des positions de chacun.e, est telle qu’il s’est créé des êtres doubles, acteur/chercheur, chercheur/acteur, migrant/chercheur, migrant/acteur. On comprend alors profondément pourquoi ces rencontres sont si importantes. Et cela parce que les migrant.es continuent à passer la frontières,..

« Territoires et savoirs partagés », certes mais aussi comme l’a dit une participante « passeurs de savoirs et de territoires » car les migrant.es…

Jean-Paul Leroux

    20 mai 2021

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